La Blockchain, astéroïde fatal pour l’assurance ?

Vincent Maire | Le 16 Septembre 2016

Lors d’un échange avec le DG d’une mutuelle sur les enjeux du secteur, ce dernier me confiait : « Tous les secteurs ont été fortement « disruptés », l’assurance pas encore. On sait qu’un astéroïde va nous tomber dessus mais on ne sait pas encore quand ». Et si la blockchain était justement l’astéroïde fatal du secteur de l’assurance ?

Au risque de répéter ce qui a été dit dans de nombreux articles de vulgarisation, voici quelques éléments de contexte sur la blockchain. Née en 2008 avec la monnaie virtuelle Bitcoin, la blockchain est l’infrastructure virtuelle sur laquelle cette monnaie circule.

Concrètement, il s’agit d’une technologie de transmission d’informations qui offre trois avantages majeurs :

  • La transparence : tout le monde peut consulter l’ensemble des échanges inscrits
  • La sécurité : les transactions sont infalsifiables grâce à un système cryptographique couplé à une validation systématique par le réseau dans son ensemble
  • L’absence d’organe central de contrôle : la blockchain s’appuyant exclusivement sur des relations « peer-to-peer »

La combinatoire de ces caractéristiques permet d’envisager la blockchain comme un « grand livre » consultable librement sur lequel chacun peut écrire et qui est infalsifiable. Soit une alternative crédible aux traditionnels « tiers de confiance » : les notaires, les banquiers… les assureurs !

L’assurance traditionnelle bientôt obsolète ?

En associant la technologie blockchain à un « smart contract » (contrat se déclenchant automatiquement selon des conditions, comme la météo par exemple ou la géolocalisation du bien assuré) nous obtenons un formidable assureur autonome capable de déclencher selon une condition un paiement et cela sans déclaration de l’assuré ni sollicitation d’expert.

Un contrat automatisé et intelligent donc, stocké dans un registre inviolable et accessible à toutes les parties.

Les « use cases » (cas d’utilisation) de cette technologie commencent à fleurir, publiés à grands coups de livres blancs par des nouveaux entrants dont l’ambition, parfois démesurée, n’a d’égale que le montant des fonds qu’ils ont pu collecter. L’assureur historique n’a qu’à bien se tenir !

Quelques exemples concrets :

  • Un système collaboratif peer-to-peer où les particuliers s’assurent entre eux, sorte de mutualisme réinventé où la compagnie d’assurance n’a tout simplement plus sa place.
  • Une assurance à la demande les objets que nous prêtons à un particulier via un process entièrement automatisé.
  • Un contrat d’assurance auto dont les tarifs s’adapteraient en temps réel selon que votre voiture se trouve ou non dans des conditions à risque (pluie, secteur à forte criminalité, état de la route…)

Les avantages pour l’utilisateur sont sans appel :

  • une assurance à la carte : pour des objets choisis, spécifiquement pour le risque encouru et sur la durée souhaitée
  • une expérience utilisateur simple, fluide et digitale
  • des cotisations réduites du fait de l’absence d’intermédiaire

Quelles actions clés pour faire de la blockchain une opportunité ?

  • Identifier et approfondir des « Use case », en bon français définir les cas d’usage permettant de tester la blockchain à grande échelle. Cela implique d’analyser sur la base de l’existant les utilisations potentielles de cette technologie mais aussi et surtout de voir comment celle-ci peut remettre en question la chaine de valeur.
    Cette réflexion ne doit pas se mener en chambre entre experts techniques. Les utilisations doivent partir du besoin des clients finaux dans une logique de design, l’assurance devant être plus simple et plus proche de leurs attentes.
  • Acculturer les collaborateurs à la blockchain. L’objet est de faire comprendre les concepts clés et les impacts de la blockchain à tous les collaborateurs. Naturellement cet axe est à lier aux initiatives en cours sur le fameux programme d’acculturation au digital que l’on retrouve dans toutes les organisations.
    Cette prise de conscience permettra à chacun d’identifier les perspectives sur son périmètre (économie d’échelle dans le traitement de flux, simplification d’un processus de vérification…). Ces « potentiels d’innovation » devant être soutenus par une démarche interne permettant de les collecter, les analyser et de valoriser la contribution des collaborateurs.
    Par ailleurs, les collaborateurs doivent être largement associés au test puis au retour d’expérience sur les « proofs of concept ». S’agissant de prototypes, ceux-ci seront nécessairement imparfaits et nécessiterons que les collaborateurs se mettent dans une posture de « learning by doing ».
  • Devenir un acteur clé de ce nouvel environnement. La frontière entre l’organisation corporate, la recherche, les start-up… est de plus en plus perméable. L’organisation ne peut penser ce sujet indépendamment d’un écosystème lui permettant de capter et d’intégrer au plus tôt l’innovation. L’organisation doit ainsi multiplier les partenariats et être en veille permanente. Ces partenariats impliquant de prendre des participations, le plus tôt possible avant l’effet de bulle. A titre d’illustration, AXA (via AXA Strategic Ventures) a participé à hauteur de 55 millions de dollars au financement de Blockstream. Cette start-up canadienne a inventé les « sidechains » qui permettent l’interopérabilité entre plusieurs blockchains. Enfin, il faut aussi jouer un rôle auprès de ces concurrents et du régulateur sur la définition des nouveaux standards et règles pour le secteur aussi. Les plus grandes banques d’investissements ayant initié le mouvement en se regroupant au sein du consortium R3.

Les applications hors du Bitcoin étant encore expérimentales, l’erreur serait de considérer que cette technologie n’est pas assez mûre pour impacter le secteur :
Assureurs, ne soyez pas des dinosaures, prenez le contrôle de l’astéroïde blockchain !

Source : LesEchos.fr

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